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JEUX VIDÉOS

Death Stranding

Depuis l'apocalypse éponyme, le monde est divisé ; les rares survivants sont terrés dans des bunkers ou de petites cités, isolés et incapables de traverser les terres infestées d'Échoués - des créatures fantômatiques dont le contact avec une vie organique pose à tout moment le risque d'une colossale explosion. Sam Porter Bridges, un "porteur" misantrope affrontant la nature hostile pour fournir au survivants les biens qu'il leur manque, se trouve à son corps défendant chargé d'une mission majeure - reconnecter les survivants de toutes les Etats-Unis.

Depuis son pari de faire des déplacements le système au coeur du gameplay, Death Stranding réussit à être un jeu incroyablement touchant dans son narratif, singulièrement fascinant dans son esthétique et dans lequel chaque thématique trouve un écho méchanique. Une très grande oeuvre qui sait utiliser son médium jusqu'au bout.

Potionomics

Récemment décédé, votre oncle vous a légué sa boutique d'alchimie sur la magiquement dévasté - mais très riche en ressources ésotériques - île de Rafta. Malheureusement, son invitation posthume a omis de spécifier que l'échoppe s'accompagnait des nombreuses dettes qu'il a accumulé par sa mauvaise gestion, et qui pèsent désormais très littéralement sur votre âme. Entre capitalisme prédateur et relances de la banque, pourrez-vous devenir la meilleure alchimiste du nouveau continent?

Un jeu très dense, a la fois potion brewer, deck-builder lors de ses sessions de négociation et dating sim avec les nombreux et très attachants fournisseur.euses d'ingrédients de l'île. Très addictif, très drôle et TRES queer, une excellente découverte.

ULTRAKILL

L'humanité est éteinte, des mains de sa propre création ; des robots fonctionnant à base de sang. La Guerre finie, poussés par leur instinct de survie, ceux-ci se sont retournés vers leurs concepteurs. Mais tout cela est passé. Insatiables, les machines tournent désormais leur regard vers l'Enfer lui-même.

Fast-FPS sauce Devil May Cry, bijou de level design et d'interactions mécaniques au skill celling absurde, musique hors du commun par Heaven Pierce Her, à absolument essayer.

Disco Elysium

Dans une chambre ravagée, un détective se réveille. Une semaine plus tôt, un milicien a été lynché ; la grogne monte, la grève bat son plein, et la compagnie navale ayant un monopole sur le port local compte bien venger son chien de garde.
Seulement, notre protagoniste est victime d'une gueule de bois si terrible qu'il en a oublié jusqu'à son prénom, et devra résoudre cette affaire avant que la situation n'explose - sans oublier de retrouver son nom, son histoire, et les traces d'une mystérieuse "ex-quelque-chose" que chaque fibre de son être lui supplie de laisser dans le passé.

RPG extraordinaire aux sujets tellements vastes qu'ils sont virtuellement impossibles à résumer et au worldbuilding juste jamais vu, piratez-le pour niquer les voleurs d'IP du studio d'édition et profitez de ce monstre. Quel genre de détective serez-vous?

Metal Gear Solid 2 - Sons of Liberty

2009, 4 ans après les évènements du premier opus. Solid Snake, considéré comme un terroriste, est mort, et le Président des Etats-Unis est retenu en otage sur Big Shell, une usine de décontamination au large de New York. Est envoyé en mission Raiden, une nouvelle recrue entrainée en réalité augmentée ; mais dans le discours des preneurs d'otage comme dans sa propre hiérarchie, les incohérences s'enchainent et la réalité semble de plus en plus floue pour le jeune agent.

Il est quasiment impossible de résumer MGS2 tant une partie importante de son intérêt découle de ses retournements de situations ; c'est, à mon sens, le meilleur jeu de l'histoire et une oeuvre visionnaire assez inédite sur le discours politique et les conséquences du progrès technique dans les 25 années qui ont suivi sa sortie. Il se paye même le luxe de critiquer sa condition de suite. Seul défaut : nécessite d'avoir joué à MGS1 pour être compris.

LIVRES

"Fire Punch" - Tatsuki Fujimoto

"Si ton existence actuelle te pèse... deviens quelqu'un d'autre, mais quoi qu'il arrive, continue à vivre."

Il y a plusieurs années que l'ère glacière a commencé, et Agni, doté d'un puissant pouvoir de régénération, fait survivre son village avec sa propre chair. Après que celui-ci ait été décimé par un autre "Béni", dont les flammes ne s'éteignent que par la mort, il se trouve seul et perpétuellement entrain de brûler mains incapable de mourir, hanté par ses voeux de vengeance et par les derniers mots de sa soeur - "vis". Un grand manga sur la douleur, la dépression, la dysphorie (!) et la persévérance qu'elles imposent à tout instant à leurs victimes, faisant briller par la souffrance l'éteincelle de la survie de ses personnages et lecteurices d'une lueur unique.

"Le Bâteau-Usine" - Takiji Kobayashi

"Un étudiant attiré depuis Tôkyô par les recruteurs grommelait que ce n’était pas ce qu’il avait imaginé.
« Rien que des boniments ! Ils avaient dit que je pourrais dormir seul.
- Eh bien tu vois, c’était vrai : on dort ‘seuls’. En bons célibataires ! »
Ils étaient dix-sept ou dix-huit ex-étudiants. On leur avait avancé soixante yens au départ, mais une fois payé le billet de train, les frais de pension, le couchage, et bien sûr la commission du recruteur, ils s’étaient retrouvés endettés (!) de sept ou huit yens chacun avant même d’avoir foulé le pont du bateau."

Oeuvre expérimentale suivant l'équipage de l'un des bâteaux-usines qui pullulent dans le Japon du début de XXeme siècle, et faisant de cet équipage au complet un personnage autonome sur fond de fresque prolétarienne. Une expérience assez unique dans son domaine.

"Brique par brique, mur par mur" - Joël Charbit, Shaïn Morisse et Gwenola Ricordeau

"Un slogan pour une évidence : les services que les prisons sont censées rendre ne compenseront jamais les torts qu'elles causent depuis leur création."

Cet ouvrage collectif, préfacé par la très grande Catherine Baker, s'attèle à raconter une histoire des mouvements abolitionnistes et anticarcéraux depuis les années 60 - à la fois par les grands auteurs critiques, mais aussi en faisant le récit des mouvements de prisonniers autogérés, et comment ceux-ci ont pu travailler avec ou se faire confisquer leur existence publique par les universitaires. Exceptionnelle introduction à l'antipénalisme, aussi instructive historiquement que sur les fondements et les propositions de celles et ceux qui appellent à un monde sans prisons.

"Dette : 5 000 ans d'histoire" - David Graeber

"Et puisque nous sommes humains, nous nous entraidons. Nous n'aimons pas entendre quelqu'un dire merci pour cela. Ce que j'ai fait aujourd'hui tu peux l'avoir demain. Ici, nous disons qu'avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu'avec les fouets on fait des chiens."

L'anthropologue anarchiste David Graeber nous invite dans cet ouvrage dans un panorama de la notion faussement familière de "Dette". Sur quels fondements se base-t-elle d'une société à une autre ? Comment assure-t-elle son rôle de liant social selon les cultures ? Comment, même, a-t-il fini par nous apparaitre comme une évidence morale fondamentale que "Les bons comptes font les bons amis" - et comment cette "naturalisation" des créances participe-t-elle à maintenir l'ordre social capitaliste ?

"Miso Soup" - Ryû Murakami

"Le pire progresse toujours comme s'il n'avait rien à voir avec vous, puis un beau jour il vous tombe dessus sans crier gare. Et quand le pire est devenu réalité, il est déjà trop tard pour y remédier. Voilà ce que m'avait appris la mort de mon père."

Dans la vie nocturne de Tokyo, le bruit court ; un tueur en série - un occidental, parait-il - semble s'en prendre aux escort girls étudiantes qui pullulent dans le quartier rouge de Kabukichô. Lorsque Kenji, jeune guide touristique, doit s'occuper d'un client américain à l'aura malsaine, son inquiétude vire vite à la paranoia. Excellente nouvelle, et excellente introduction à l'oeuvre de Ryû Murakami, dont tout le style consiste à exagérer jusqu'au grotesque les problèmes systémiques de la société japonaise pour en faire des romans horrifiques à l'ambiance unique.

FILMS

"Eyes Wide Shut" - Stanley Kubrick

William Harford et sa femme Alice, couple banale de la haute bourgeoisie new-yorkaise, mènent une vie ordinaire, jusqu'à ce qu'Alice révèle à son mari ses fantasmes adultères. William, dévoré par cette troublante confession, cède à la jalousie et au jeu de la tentation. Il entame alors un périple nocturne où ses obsessions le mènent à des lieux de plus en plus étranges - dans lesquels semblent se cacher une conspiration effrayant tous ceux semblant en avoir connaissance.

Dernier film de Stanley Kubrick (et à mon sens, son magnum opus), Eyes Wide Shut est proprement fascinant, visuellement bluffant et d'une profondeur inattendue au vu de sa prémice simple.

"Parasite" - Bong Joon-Ho

La famille Ki-Taek, particulièrement précaire et dont tous les membres sont au chômage, lorgne sur le train de vie de la richissime famille Park, non loin de là. Lorsque leur fils parvient à se faire embaucher dans leur colossale demeure pour y donner des cours d'anglais débute une large opération d'infiltration domestique, premier domino d'une série d'évènements tragiques. Laquelle de ces deux familles opposées, qui se retrouvent à partager un toit, parasite vraiment l'autre?

Difficile de chanter les louanges de Parasite sans tomber dans la répétition, vu son succès international en 2019. C'est un chef d'oeuvre incontestable, une prouesse visuelle et de mise en scène, qui mérite chaque compliment qu'on a pu lui offrir vraiment regardez-le si c'est pas déjà fait.

"120 battements par minute" - Robin Campillo

Au début des années 1990, le sida se propage et tue depuis près de dix ans. Les militants d'Act Up-Paris s'activent pour lutter contre l'indifférence générale. Ils mettent en place diverses actions chocs ou de sensibilisation. Parmi eux, Nathan est nouveau dans le groupe et va être bouleversé par la radicalité de Sean, séropositif et qui consume ses dernières forces dans l'action.

En plus d'être une représentation rare du fonctionnement intérieur d'une association militante, entre AG interminables et opérations coup-de-poing, 120BPM est un film incroyablement touchant. Particulièrement drôle dans son premier acte, jusqu'à une descente aux enfers suivant le rythme de la dégradation de l'état de santé de Sean. Porté par des acteurs extraordinairement en forme et avec des éclairs de génie de réalisation qui restent dans la mémoire bien après la tombée du rideau.

SÉRIES

"Pluribus" - Vince Gilligan

Dans un futur proche, la Terre se retrouve frappée par un mystérieux virus extrêmement contagieux. Son symptôme principal ? Rendre les êtres humains, intégrés à une conscience collective, parfaitement heureux et épanouis. Endeuillée et malheureuse, mais immunisée au virus, l'autrice de romans de gare Carol Sturka doit désormais sauver l'humanité du bonheur.

Porté par la réalisation toujours impressionnante de Guilligan (papa des excellents Breaking Bad & Better Call Saul) et par le jeu juste bluffant de Rhéa Seehorn qui passe la majorité de la série parfaitement seule à l'écran, Pluribus est un coup de force parvenant à rendre passionnant jusqu'au silence, la lenteur, et l'isolement de sa protagoniste.

"Dr. House" - David Shore

Robert House est un mauvais médecin. Faignant, impoli avec ses patients comme sa hiérarchie, incapable de respecter une procédure et accro à la vicodine. Il est, aussi, le meilleur diagnosticien des Etats-Unis - spécialisé dans les cas non résolus et dernier recours des malades dont aucun médecin ne parvient à trouver la pathologie.

Sous ses airs de série épisodique, Dr House cache non seulement des intrigues médicales surprenamment vraisemblables mais surtout un véritable opéra dramatique entre personnages à la psychologie fascinante - au premier chef desquels House lui-même. L'humour touche juste, les moments dramatiques sont particulièrement efficaces, et la réalisation atteint parfois un niveau rarement vu dans ce genre de séries fleuve des années 2000. Skippez juste l'odieux épisode 2x13 (faites moi confiance).

"Bocchi The Rock" - Basé sur le manga de Hamaji Aki

Gotou Hitori, lycéenne maladivement timide, a commencé à apprendre à jouer de la guitare pour réaliser son rêve : faire partie d'un groupe. Malheureusement, la fin du lycée approche et la jeune musicienne n'a pas réussi à se faire un seul ami. Cependant, sa rencontre avec la très extravertie Ijichi Nijika pourrait bien tout changer : Cette dernière est vocaliste, très mauvaise en accompagnement et est à la recherche d'une guitariste pour son groupe.

Anime particulièrement drôle, jouant avec les codes de l'animation, et surtout très sincère autant dans sa représentation de l'anxiété sociale que dans sa représentation de la scène de musique amateure. Les personnages sont tous attachants, les musiques sont excellentes et l'évolution de Gotou est très agréable à suivre ; j'aurais aimé tomber dessus adolescente.